10 exercices d'écriture à faire dans un carnet

Quand on tape « exercices d'écriture », on tombe sur des ateliers pour aspirants romanciers. Décrire un paysage vu par un écureuil. Écrire une scène de dialogue sans utiliser le mot « dit ». Inventer un personnage à partir d'un prénom tiré au hasard.

C'est bien. Mais si vous ne voulez pas écrire un roman et que vous cherchez des exercices d'écriture pour votre quotidien, pour penser mieux, décharger le mental ou clarifier une idée, vous repartez les mains vides.

Voici 10 exercices courts. Aucun ne prend plus de 10 minutes. Aucun ne demande de talent littéraire. Ils demandent un carnet, un stylo, et l'envie d'essayer.

1. Les cinq premières minutes

Au réveil ou en arrivant à votre bureau. Ouvrez le carnet, écrivez pendant cinq minutes exactement. Sur ce qui vous passe par la tête. Le rêve de la nuit, l'inquiétude du jour, le café qui refroidit, un mot entendu hier, une tâche qui attend. Pas de thème. Pas de filtre.

L'exercice vient de Julia Cameron (les « morning pages »), mais en version courte. L'idée : vider le tampon du cerveau avant que la journée ne le remplisse. Ce qui sort est presque toujours en vrac. C'est normal.

2. La phrase unique

Le soir, en fermant la journée. Une seule phrase qui résume ce que vous retenez. Pas ce que vous avez fait (ça, c'est un agenda). Ce que vous retenez. Ce qui reste quand tout le reste s'efface.

« Aujourd'hui, j'ai compris que je ne veux plus travailler avec ce type de client. » « J'ai bien dormi pour la première fois de la semaine, et je ne sais pas pourquoi. » « Rien de spécial. C'est reposant. »

En un mois, 30 phrases. C'est un portrait de votre période que vous n'auriez pas eu autrement.

3. Le portrait en cinq lignes

Choisissez une personne que vous avez vue aujourd'hui. Décrivez-la en cinq lignes. Pas son physique. La sensation qu'elle vous laisse. Ce qu'elle a dit qui vous a marqué. L'énergie qu'elle dégageait.

Cet exercice force à observer les gens autrement. On sort du mode automatique (j'ai vu X, on a parlé de Y) pour entrer dans la perception fine. Après quelques semaines, vous remarquerez que vous êtes plus attentif en rendez-vous, en conversation, en réunion. Le carnet entraîne le regard.

4. L'inventaire du bruit

Arrêtez-vous une minute. Fermez les yeux. Écoutez. Puis ouvrez le carnet et notez tous les bruits que vous entendez. La ventilation, une conversation dans le couloir, un klaxon, le tic-tac de la montre, le café qui passe, le clavier de quelqu'un d'autre.

Cet exercice n'a l'air de rien. Il ramène dans le présent. Le cerveau, occupé à identifier et nommer des sons, lâche les pensées en boucle. C'est un exercice d'ancrage déguisé en exercice d'écriture. Deux minutes suffisent.

5. La page de la décision

Vous avez un choix à faire. Écrivez la question en haut de la page. Puis remplissez la page en vrac. Pas un tableau pour/contre. Tout ce qui vient : les arguments, les peurs, les scénarios, les envies cachées, les contraintes, les « et si ».

Ne relisez pas tout de suite. Laissez passer une nuit. Le lendemain, reprenez la page et soulignez les deux ou trois lignes qui comptent encore. La réponse est souvent là.

6. L'objet sur la table

Regardez un objet devant vous. N'importe lequel. Un stylo, une tasse, un câble, un post-it. Décrivez-le en dix lignes comme si vous le voyiez pour la première fois. Sa forme, sa texture, son poids, sa couleur, les traces d'usure.

L'exercice paraît absurde. Il entraîne quelque chose de précis : la capacité à regarder ce qui est là au lieu de ce qui manque. Les gens qui pratiquent le dessin d'observation le savent : le premier obstacle, c'est de voir ce qu'on a devant soi au lieu de ce qu'on croit y voir. L'écriture produit le même effet.

7. Le « et si »

Prenez une situation de votre vie actuelle. Votre travail, votre lieu de vie, un projet en cours. Et posez la question : « Et si je faisais l'inverse ? » Écrivez ce qui vient.

Et si je disais non au lieu de oui. Et si je partais au lieu de rester. Et si je simplifiait au lieu de complexifier. Et si j'arrêtais ce projet au lieu de le continuer.

On ne vous demande pas de le faire. On vous demande de l'écrire. Le « et si » ouvre un espace mental que la réalité quotidienne ferme. Parfois, la réponse au « et si » est « non, mauvaise idée ». Parfois, c'est « tiens, pourquoi pas ». Les deux sont utiles.

8. La lettre au futur

Écrivez-vous une lettre que vous relirez dans six mois. Décrivez où vous en êtes, ce qui vous préoccupe, ce que vous espérez, ce que vous avez envie de changer. Pas sur le ton du bilan. Sur le ton de quelqu'un qui parle à quelqu'un qu'il connaît bien.

Pliez la page. Notez la date à laquelle la rouvrir. Quand vous la relirez en octobre, en décembre, vous serez surpris. Pas parce que tout aura changé. Parce que vous verrez à quel point certaines choses ont bougé sans que vous vous en rendiez compte.

9. Les trois mots

Ouvrez le carnet. Écrivez trois mots. Les trois premiers qui viennent. Sans réfléchir. Puis écrivez un paragraphe qui les relie.

« Fatigue. Jardin. Décision. »

« Je suis fatigué depuis mardi. Le jardin m'a manqué cette semaine, je n'ai pas mis les pieds dehors depuis dimanche. Il y a une décision qui traîne, celle du devis pour la terrasse, et peut-être que c'est ça qui me pèse : le jardin est là, juste derrière la porte, mais il attend que je fasse un truc que je repousse. »

Trois mots. Un paragraphe. Quelque chose apparaît qu'on ne voyait pas avant de l'écrire. L'exercice prend deux minutes.

10. La page blanche assumée

Ouvrez le carnet. Regardez la page. N'écrivez rien. Ou écrivez : « Je n'ai rien à écrire. » Puis fermez le carnet.

C'est un exercice aussi. Celui de ne pas remplir. De laisser la page vide et de ne pas en faire un problème. Dans un monde qui demande de produire en permanence, une page blanche volontaire, c'est un acte de résistance silencieuse.

Chez Terrain de Jeu, on a mis un anti-guide d'usage dans chaque carnet. La première ligne dit : « Réponse rapide : c'est vous qui décidez. » La page blanche en fait partie.

Pas besoin de méthode

Ces dix exercices ne forment pas un programme. Piochez-en un quand l'envie vient. Faites-le une fois, puis oubliez-le, puis revenez-y trois semaines plus tard. Ou faites le même tous les matins pendant un mois. Il n'y a pas de séquence, pas de progression, pas de score.

Le seul prérequis : un carnet qu'on a envie d'ouvrir. Chez Terrain de Jeu, on les fabrique à la main en Provence, sur une presse de 1962. Papier recyclé, encre végétale, couture au fil de coton. 48 pages sans lignes. Assez de place pour les cinq premières minutes, la phrase unique, le portrait, le « et si », et tout ce que vous inventerez entre les lignes.


Terrain de Jeu, ce sont des carnets artisanaux français en éditions limitées. Une collection par trimestre. Voir les carnets