C'est vendredi soir. Vos amis sont à un vernissage. Vous le savez parce que trois stories sont apparues en haut de votre écran. Il y a du vin naturel, de la musique, des gens qui ont l'air de passer un bon moment.
Vous êtes sur votre canapé. En pyjama. Avec un bouquin que vous n'avez pas ouvert depuis deux semaines et une tisane tiède.
Et vous êtes bien.
C'est ça, le JOMO.
Un mot pour un sentiment qui existait déjà
JOMO veut dire Joy of Missing Out. La joie de rater quelque chose. L'inverse exact du FOMO (Fear of Missing Out), cette anxiété qui pousse à dire oui à tout, à checker les réseaux toutes les cinq minutes, à se demander si on ne devrait pas être ailleurs.
Le terme circule depuis 2012 environ, popularisé par le blogueur Anil Dash. Mais le sentiment est beaucoup plus ancien. C'est le plaisir du dimanche sans programme. De la soirée annulée qu'on accueille avec soulagement. Du téléphone qu'on laisse en mode avion un samedi matin et qu'on oublie de rallumer.
Ce qui a changé, c'est que ce sentiment a maintenant un nom. Et qu'en 2026, de plus en plus de gens le revendiquent.
Pourquoi maintenant
Sur TikTok, le hashtag #JOMO cumule plus de 53 millions de vues. Le mouvement Off February, lancé en Espagne et repris dans quatre pays, a proposé en février 2026 un mois entier sans réseaux sociaux. Des gens se déclarent « chronically offline » comme on revendiquait d'être « always on » il y a cinq ans.
Le basculement vient de la saturation. Après des années de scroll, de notifications, de stories qui disparaissent en 24 heures, de contenus qu'on consomme sans les choisir, quelque chose a lâché. La psychologue Susan Albers, de la Cleveland Clinic, résume le JOMO comme « trouver du contentement dans le fait de ne pas participer, et faire de son bien-être une priorité ». Pas de la paresse. Un choix.
Et ce choix a des effets mesurables. Selon la Cleveland Clinic, les personnes qui pratiquent le JOMO constatent une meilleure concentration, des relations plus profondes (moins nombreuses mais plus investies), et une baisse du stress lié à la comparaison sociale. Une étude turque publiée en 2025 dans Educational and Developmental Psychologist a même montré que le JOMO agit comme médiateur entre la compassion envers soi-même et le bien-être mental.
En version moins scientifique : quand on arrête de se comparer à ce que les autres font, on se sent mieux. Qui l'eût cru.
Ce que le JOMO n'est pas
Le JOMO, ce n'est pas s'isoler. Ce n'est pas devenir ermite. Ce n'est pas couper tout lien avec le monde extérieur et vivre dans une grotte avec des bougies.
C'est choisir. Aller au dîner qui vous fait envie et dire non à celui qui vous fatigue d'avance. Consulter les infos une fois par jour au lieu de six. Accepter de découvrir un événement trois jours après tout le monde, et constater que ça ne change rien à votre vie.
Le JOMO, c'est aussi accepter l'ennui. L'ennui sans téléphone. L'ennui sans contenu. L'ennui qui, au bout de dix minutes, se transforme en idée, en envie, en conversation, ou en rien du tout. Et le rien du tout, c'est bien aussi.
À quoi ressemble une journée JOMO
Il n'y a pas de programme, évidemment. Ce serait contradictoire. Mais si on devait décrire une journée type, elle ressemblerait à ça.
Le matin, pas de téléphone avant d'avoir bu un café. Le café prend le temps qu'il prend. Pas de mail, pas de notification, pas de fil d'actualité. Juste le bruit de la cafetière et le silence après.
Dans la journée, un moment où on fait une chose à la fois. Écrire dans un carnet. Marcher sans podcast. Lire un article en entier sans ouvrir un autre onglet. Le cerveau, habitué au multitâche, résiste un peu les premières minutes. Puis il se détend. On retrouve le fil d'une pensée qu'on avait perdu.
Le soir, pas de scroll avant de dormir. Un livre. Ou rien. La lumière éteinte un peu plus tôt que d'habitude. Et le lendemain matin, ce sentiment rare d'avoir dormi sans interruption, sans écran bleu dans la rétine, sans l'impression d'être déjà en retard sur quelque chose.
Le JOMO comme compétence professionnelle
Ça peut surprendre, mais la capacité à se déconnecter est en train de devenir un avantage professionnel. Quand on est indépendant, consultant, coach ou entrepreneur, la tentation est de rester joignable en permanence. De répondre aux mails le dimanche. De poster sur LinkedIn à 22h. D'être « au courant de tout » pour ne rater aucune opportunité.
Le JOMO dit l'inverse. Se déconnecter pour mieux réfléchir. Dire non à une réunion pour avoir le temps de penser. Fermer Slack une matinée entière pour avancer sur un projet de fond. Les idées viennent rarement dans le bruit. Elles viennent dans le vide, quand le cerveau a enfin de la place.
Une étude citée dans un article de New KG rapporte que 68% des cadres considèrent la capacité à ne pas être joignable pendant 24 heures comme un privilège supérieur à une augmentation de salaire. Le temps seul, le temps sans sollicitation, est en train de devenir la ressource la plus rare.
Le carnet, l'objet JOMO par excellence
On est biaisés, évidemment. Mais quand même.
Un carnet, c'est un objet sans connexion, sans algorithme, sans notification. Il ne sait pas ce que font vos amis. Il ne vous montre pas ce que vous ratez. Il ne vous propose pas de contenu « que vous pourriez aimer ». Il est là, il attend, et il ne se vexera pas si vous ne l'ouvrez pas.
Quand on l'ouvre, c'est un choix actif. On écrit ce qu'on veut, quand on veut. On ferme quand on a fini. Personne ne le saura. Personne ne commentera. C'est un espace privé dans un monde où tout est public.
Chez Terrain de Jeu, on fabrique des carnets pour ces moments. Imprimés à la main en Provence sur une presse Heidelberg de 1962, papier recyclé, encre végétale, couture au fil de coton. 48 pages sans lignes. Pas de méthode dedans, pas de guide, pas de structure. Juste de la place.
La prochaine fois que le FOMO monte, que le pouce se dirige vers Instagram et que la gorge se serre un peu à l'idée de « rater quelque chose », essayez autre chose. Ouvrez un carnet. Écrivez un mot. Ou rien. Et voyez comment ça fait de ne rien manquer.
C'est peut-être le début du plaisir.
Terrain de Jeu, ce sont des carnets artisanaux français en éditions limitées. Une collection par trimestre. Quand elle est épuisée, elle ne revient pas. Voir les carnets